soirée publique
6 juin 2013

"L'Arctique : les grands enjeux scientifiques"

195 Rue Saint-Jacques, 75005 Paris

Dans le cadre du colloque national organisé conjointement par le Chantier Arctique et la Chaire de l'évolution du climat et de l'océan du Collège de France, une soirée destinée au grand public a eu lieu dans la salle de conférences de l'Institut Océanographique, à partir de 19h30.

Entrée libre et gratuite

19h30-20h10

Christophe CassouHenriette Rasmussen, Consule honoraire de l'Ambassade de France à Nuuk, Groenland et membre créateur de la Commission permanente des affaires indigènes aux Nations unies. Personnalité politique connue au Groenland, elle s’est très tôt engagée dans la défense des droits des femmes et ceux des peuples indigènes. Conseillère municipale de Nuuk, deux fois ministre (1991-1995, 2003-2005), elle est aussi journaliste-radio et membre d’honneur du Cercle Polaire.

 

"La perception Inuit du changement climatique"

Pour les Inuits vivant en bord de mer, aujourd'hui comme hier, observer les conditions météorologiques est une nécessité absolue. Les gens trouvent leur force dans la nature.
Les saisons clairement définies comme printemps, été, automne et hiver sont maintenant terminées.
Dans les journaux locaux des années 1920 d'Avannaamioq et Atuagagdliutit, nous pouvons lire que le peuple Inuit a discuté du changement climatique, ce qui a depuis conduit à la modification de notre mode de chasse et de pêche mais aussi à la modification de l'industrie. Nos archives radiophoniques rapportent les premiers avertissements d'hivers rudes et la préparation du peuple à la survie. Aujourd'hui, face à de forts vents et des courants modifiés qui empêchent la glace de mer d'être stable, les chasseurs du Groenland sont confrontés au choix de tuer leurs chiens, se rendant compte que leurs connaissances traditionnelles deviennent obsolètes. Cette présentation s'appuie sur des observations personnelles, sur des études transversales traitant de la chasse des communautés inuites, sur des recherches d'Institutions éducatives et scientifiques comme l'Université du Groenland (Ilisimatusarfik), le Centre de recherche sur le changement climatique du Groenland et Asiaq à Nuuk.
La conclusion abordera les perspectives de notre savoir traditionnel et l'avenir de notre société moderne, confrontée au déclin économique, à l'extraction des ressources minérales et à un vieillissement de la population.

20h15-20h55

Christophe Cassou Valérie Masson-Delmotte, Directrice de recherche Commissariat à l'Energie Atomique et aux énergies alternatives (CEA), au Laboratoire des Sciences du Climat et de l'Environnement. Elle fait partie de nombreux projets nationaux et internationaux dont le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC).

 

"Variations passées et actuelles du climat en Arctique, focus sur le Groenland"

Les changements du climat en Arctique sont liées à la réponse du système climatique à des perturbations externes, donnant lieu à un ensemble de rétroactions responsable d'une amplification polaire. Le climat arctique est également caractérisé par une grande variabilité, liée aux fluctuations du transport de chaleur par les courants marins et les vents. Parmi les régions arctiques, le Groenland présente des intérêts spécifiques. Le climat local s'est fortement réchauffé depuis les années 1990. Les Groenlandais sont particulièrement exposés aux conséquences locales d'un climat qui change, sur le littoral. Par ailleurs, la réaction de la calotte groenlandaise peut entraîner des conséquences globales en terme de niveau des mers, et cette calotte perd déjà de la masse par fonte et par écoulement. Enfin, les milieux naturels du Groenland (sédiments marins, lacustres, glaciaires) offrent des archives exceptionnelles des variations environnementales et climatiques passées, permettant de mettre les changements récents dans une perspective plus large, de caractériser et de comprendre les mécanismes des changements climatiques passés.
Je montrerai, à l'aide de nouvelles technologies de mesure, qu'il est possible de suivre, en temps réel, la manière dont les fluctuations atmosphériques modifient la composition isotopique de la vapeur d'eau, dont le signal est ensuite transféré aux précipitations neigeuses, puis archivé sous forme de glace.
Je présenterai ensuite les grands traits de l'histoire climatique du Groenland, au cours des derniers millénaires, marquées par plusieurs phases d'occupations humaines, puis au cours de la dernière période glaciaire, ponctuée d'instabilités rapides du climat. Les enregistrements les plus anciens récemment issus du forage NEEM permettent de caractériser le climat et l'état de la calotte lors de la dernière période interglaciaire. Combinée aux simulations d'écoulement de la glace, ces données suggèrent une déglaciation partielle de la calotte, ayant pu contribuer, en plusieurs millénaires, de l'ordre de 2 mètres (au plus 4 mètres) au haut niveau marin (plus de 5 mètres au-dessus du niveau actuel) de cette période. Ces résultats impliquent une déglaciation partielle de la calotte antarctique, aujourd'hui très mal connue.
Les projections d'évolution future du climat seront enfin comparées aux amplitudes et aux vitesses de ces changements passés.

21h00-21h40

Christophe CassouLouis Fortier, O.C., O.Q. Professeur en biologie et océanographie à l’Université Laval au Québec, il est aussi Directeur adjoint de l’Unité Mixte Internationale Takuvik et Directeur scientifique d’Arcticnet, un réseau de centres d’excellence canadiens sur l’Arctique et Leader scientifique du brise-glace de recherche Amundsen.

 

« Réchauffement arctique : les écosystèmes marins sur la ligne de feu »

Pendant que s'essouffle le débat médiatique futile sur la réalité des changements climatiques, les scientifiques accumulent les preuves d'une accélération du réchauffement planétaire. En particulier, le monde arctique se transforme à un rythme qui excède les prévisions des scénarios les plus pessimistes. Observations en mer et par satellite révèlent une réduction spectaculaire du volume de la glace qui recouvre l'Océan Arctique. En 2012, la banquise arctique perdait plus de 80% de son volume historique, signalant peut-être ce basculement de notre climat redouté par les experts. La disparition presque complète de la glace pluriannuelle confirme qu'il n'y aura pas de retour en arrière et que l'Océan Arctique se libèrera bientôt de son carcan de glace estival pour la première fois depuis 13 millions d'années. Quels seront les impacts de cet inquiétant printemps arctique sur les écosystèmes marins et les services qu'ils rendent aux communautés nordiques et aux sociétés du sud?
De la disparition de la mégafaune arctique à l'ouverture du Passage Nord-Ouest, de l'altération du mode de vie des Inuits aux modifications du climat des zones tempérées, Louis Fortier récapitule les impacts négatifs et positifs du réchauffement observé et anticipé de l'Arctique. Des images spectaculaires d'un monde en transformation vous plongeront au cœur de l'aventure scientifique moderne.

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